Jeudi 19 mai 2011 20h37
Remettons les choses dans leur contexte. Dominique Strauss Kahn, alors directeur du Fond Monétaire International a été accusé de séquestration, d’agression sexuelle et de tentative de viol par une employée da l’hôtel luxueux où il résidait à New York. Point. Pour l’instant, on ne sait pas grand chose d’autre. Pourtant, tous les journalistes en font une affaire d’Etat.
Les journaux française, européens, et américains, en ont même fait leur une:
Cela fait tellement de bruit que même France 2 fait le jeu de cette information “in live” pour pour proposer une émission spéciale le soir où l’affaire passait devant le Grand Tribunal à New York. Les invités, Robert Badinter en tête (ancien ministre), se succéderont probablement pour défendre leur ami.
Actu: La soirée n’a finalement pas toujours suivi la ligne de défense de Strauss Kahn, et les éditorialiste se sont chargés de jouer le rôle de l’accusation, n’en témoigne cette vidéo de clash entre Robert Badinter et Laurent Joffrin (directeur de la publication de Libération):
Depuis samedi midi, depuis que DSK a quitté le Sofitel de Manhattan sur Times Square, tout les regards sont tournés vers cette chambre 2806 du 28eme étage de l’hotel, les médias français, et étrangers ne se sentent plus. Ils se font du coude pour être les premiers à avoir une once d’informations de plus que leurs concurrents, et se sont donnés comme objectif d’avoir le titre qui attirera le plus le ‘bas peuple’, celui que l’on reprendra le plus dans les chaumières.
Lorsque Le Figarro parle d’un “coup de tonnerre”,
L’Humanité titrait sur “le séisme au PS, et Les Echos sur un “impensable scénario”.
Pire, pour France soir, c’était “le drame”
et pour La Nouvelle République “L’humiliation’, alors que Libération le considérait déjà comme “out”,
A l’étranger, aussi, DSK a sa couverture! Le Daily News le montrait du doigt avec un “That’s him” équivoque, après avoir publié à sa une, une photo qui, loin de mettre en valeur les atouts charmeurs du désormais ex président du FMI, le considérait tout bonnement comme un pervers…
Très bien. Que l’on en parle, d’accord. Mais pourquoi les médias s’enflamment-ils tous aussi vite? Ne vaudrait-il pas mieux attendre que le procès ait lieu, si tant est qu’il est lieu, que les éléments à charge, de preuves, et autres éléments de l’enquête soit tous réunis avant de s’offusquer d’un soi disant “complot” dont certains auraient deviné les contours.
Alors en France, on s’offusque des images qui ont circulé depuis l’accusation de ce puissant parmi les puissants. La mise en scène de l’information, le storytelling, les Etats-Unis sont les maîtres en la matière, mais ces mauvaises habitudes journalistiques ne sont pas nouvelles, Christian Salmon en a même fait un livre en 2008.
Alors voilà, ce soir, et parce que ça m’horripile de voir les commentateurs, les journalistes, les pros, et les antis-DSK hausser le ton sur le plateau de France 2, j’ai décidé de vous confier un secret. Gardez le pour vous, mais sachez le, si le monde semble s’être arrêté, depuis lundi midi, si les médias semblent s’être constitué en meute, pour remplir des pages sur cette-information-dont-on-parle-et-que-l’on-surdéveloppe-au-possible-alors-même-que-l’on-n’a-plus-rien-n’a-dire-sur-le-sujet, sachez qu’en réalité, le monde continue de tourner.
Alors voilà, moi si j’étais journaliste, je vous parlerais plutôt ce soir,
du témoignage de Dorothy Parvez, la journaliste d’Al-Jazira à propos de l’enfer des geôles syriennes,
ou encore du refus, du président Medvedev, se signer un accord de désarmement nucléaire,
mais surtout de la violence qui perdure au Bahreïn (c’est là:)
Et puis je vous soufflerais aussi quelques mots sur ces insurgés qui continuent de mourir en Lybie pour défendre leurs droits et leur liberté face à la folie du dictateur qui le sert de président, le colonel Kadhafi,
Je vous confierait peut-être, en passant, l’impression qu’ont aujourd’hui les Japonais d’avoir été mené en bateau depuis l’accident nucléaire de la centrale de Fukushima, puisqu’ils apprennent seulement maintenant qu’en réalité, les conséquences pourraient être bien plus graves que celles qui leur avaient été annoncés
Et puis j’essaierai de trouver le temps pour vous parler aussi, de la violence qui s’est éprise de Beyrouth lors des commémorations de la “Nakba”, la grande catastrophe de 1948, qui avaient vu le départ des palestiniens de leur terre, des deux premières victimes d’Al-Qaida dans l’Algérie post-Benali, de la terreur que fait régner Bashar-al-Assad dans son pays, du président yéménite qui serait prêt à céder le pouvoir, des 27 irakiens qui ont succombé à l’explosion d’une bombe, bref de toutes ces choses qui se passent autour de nous, qui auront bien plus de conséquences, à terme que cette affaire DSK, mais dont on oublie de nous tenir informé. Ou si peu.
Mais je ne suis pas encore journaliste, et peut-être ne le serais je jamais. Quoi qu’il en soit, depuis que j’ai commencé à écrire cet article, on a tout lu, tout entendu sur DSK. Assigné à résidence, libéré sous caution et avec bracelet électronique, maison hypothéquée, puis finalement retour dans la prison de Rikers Island pour une dernière nuit, filmé en permanence dans l’appartement que sa femme Anne Sinclair a loué à Manhattan pour lui, un appartement surveillé en permanence par un garde armé payé par DSK lui-même, bref, je vous fait confiance pour suivre l’affaire de vous même, de toute façon, j’ai encore pleins d’informations à aller grignoter sur la toile, alors je vous laisse, sur cet état des lieux “minute” et sur mon état d’esprit, sur cette vision du journalisme que je ne partage pas.
Pour terminer sur une pointe d’humour, rappelez vous de l’humeur de Stéphane Guillon à propos de DSK en février 2009.
Depuis, Stéphane Guillon s’est fait viré…











